Camping sauvage et bivouac en Valais
Demandez autour de vous et on vous dira que camper est interdit en Valais. C'est l'affirmation la plus répétée sur ce canton, et elle est fausse. La règle que les gens ont en tête n'est plus en vigueur depuis des décennies.
Aucune interdiction cantonale de camper n'est en vigueur en Valais. Nous avons vérifié: cinq actes cantonaux, aucune disposition sur le camping dans aucun d'eux.2 Ce qui est bien vivant, c'est le droit communal: Zermatt interdit le camping sur tout le domaine public de la commune, et quatre communes au-dessus du Léman font de même jusqu'à CHF 5'000.
D'où vient la légende
"Camper est interdit en Valais": on le lit dans les forums, dans les récits de course et chez des gens qui y croient sincèrement. Nous sommes allés chercher cette interdiction dans le recueil cantonal, et elle n'y est pas. La loi sur la police cantonale (RS/VS 550.1), la loi sur les constructions (705.1), la loi sur les forêts (921.1) et la loi sur la protection de la nature (451.1) ne contiennent aucune disposition sur le camping, le bivouac ou la tente, et la loi sur le tourisme (935.1) ne mentionne le camping que dans les articles sur la taxe de séjour. Le règlement de police de Zermatt, qui légifère bel et bien sur le camping, liste les actes cantonaux sur lesquels il s'appuie et ne nomme aucune loi cantonale sur le camping non plus.
La conséquence pratique: les gens évitent en Valais du terrain parfaitement licite et plantent leur tente avec assurance exactement là où une commune les amendera vraiment. La légende pointe dans la mauvaise direction.
Ce qui la remplace, c'est la position suisse ordinaire: pas d'interdiction cantonale, donc une nuit isolée et discrète au-dessus de la limite des arbres est en ordre, sauf si une commune ou une couche fédérale dit autre chose. En Valais, les communes qui disent autre chose sont peu nombreuses et concentrées.
Zermatt, l'exception qui attrape le plus de monde
Le règlement de police de Zermatt de 2022 interdit le camping sur tout le domaine public de la commune, et l'art. 43 al. 1 précise que le simple fait de dresser une tente compte déjà. La lecture "c'était juste pour la photo" n'existe pas ici. L'art. 43 al. 3 laisse une porte, le camping occasionnel hors des places autorisées avec le consentement du propriétaire, mais une rive de lac est du domaine public: au Riffelsee et au Stellisee, ce n'est pas une porte.
L'application est réelle et inhabituellement rigoureuse. L'amende standard tourne autour de CHF 200 par tente, des contrôles nocturnes sont effectués par hélicoptère. La fourchette du règlement est à l'art. 49 al. 2, CHF 10 à CHF 5'000.1 Laissez des traces et l'art. 39 al. 4 ajoute les frais de nettoyage et de remise en état, cet article visant toutefois les souillures et non le camping.
Cela attrape du monde parce que c'est à Zermatt que se font les photos célèbres. Le Riffelsee et le Stellisee sont tous deux dans la commune, et tous deux interdits. Un garde de Zermatt nous a demandé directement de ne plus présenter le Riffelsee comme un spot de camping sauvage, et c'est exactement pour cela que nous ne le faisons pas.
L'autre: quatre communes au-dessus du Léman
Vouvry et trois communes voisines partagent un règlement de police. Soyons droits sur celui-ci: le règlement n'est publié sur aucune page communale ou policière que nous ayons pu atteindre, donc le numéro d'article et le plafond ci-dessous viennent de notre propre recherche de spot et non du texte, que nous n'avons pas lu.3 C'est ce qui rend Le Grammont, objectif de lever de soleil populaire au-dessus du Léman, interdit.
Il a une particularité à connaître: l'art. 4 al. 2 étend le règlement au terrain privé, donc le consentement du propriétaire n'est pas une issue ici. Dans la plus grande partie de la Suisse, demander au propriétaire règle la question. Dans ces quatre communes, non.
Tente ou bivouac: le Valais divise ses propres mots
Le seul instrument cantonal qui tarife le camping se lit facilement de travers. L'ordonnance sur la protection de la nature porte une liste d'amendes d'ordre dont le numéro 6 punit de Fr. 50 le fait de "Bivouaquer et camper dans un site avec interdiction". Elle présuppose une décision de protection propre au site; ce n'est pas une interdiction générale. Et ses deux versions linguistiques divergent: le texte français punit expressément le bivouac, tandis que l'allemand ne nomme que la tente et le camping ("Das Zelten und Campieren").6
Les décisions de site coupent dans les deux sens. La plus ancienne interdiction explicite de bivouac que nous connaissions en Suisse est la décision de protection de Derborence de 1961, qui ne nomme que le bivouac: "... de bivouaquer, de faire du feu, d'abandonner tout déchet ...".7 Le droit de la chasse va dans l'autre sens: son règlement d'exécution permet expressément la mise en place et l'utilisation provisoires d'une tente de bivouac dans le terrain ouvert à la chasse, autres dispositions réservées.8
Et la clause modèle que plusieurs communes valaisannes utilisent, lue en entier pour Val de Bagnes et Evolène, va plus loin que n'importe quel verbe: sont interdits le camping, le caravaning "et ce qui leur est assimilable" hors des emplacements autorisés.9 Sous cette clause balai, un bivouac est un mauvais pari. Le texte exact, plus qu'ailleurs, décide dans ce canton.
Le reste du canton
Hors de ces communes, le Valais se comporte comme la plus grande partie des Alpes: pas d'interdiction cantonale, des districts francs fédéraux et des zones de tranquillité là où ils sont cartographiés, et du bon sens au-dessus de la limite des arbres. Le lac d'Emosson est documenté dans notre rapport, exactement sur cette lecture.
Un détail local souvent confondu avec le droit du camping: depuis juin 2024, passer la nuit dans son véhicule au barrage d'Emosson est interdit. C'est une règle de stationnement, pas une règle de camping. Elle ne change rien au droit de dormir là-haut sur la montagne. Elle change où vous laissez la voiture.
Comment ça se joue concrètement
Cinq spots valaisans documentés en entier. Toutes les interdictions parmi eux sont communales, aucune n'est cantonale.
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Lac d'EmossonRapport
Un camp d'altitude assumé à 2'263 m, sans interdiction cantonale, sans interdiction communale et sans couche fédérale au point exact. L'interdiction de stationner la nuit au barrage, de 2024, est une autre règle, étrangère au camping.
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Lacs de FenêtreRapport
Orsières limite le camping à des emplacements désignés puis renvoie le camping sauvage au droit cantonal, qui n'a pas d'interdiction. Le rapport suit le texte de la commune jusqu'au bout.
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RiffelseeRapport
Dans la commune de Zermatt. Art. 43 du règlement de police de 2022, environ CHF 200 par tente. Un garde nous a demandé de ne plus promouvoir ce lieu, et nous le respectons.
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StelliseeRapport
La même norme zermattoise que le Riffelsee. L'art. 43 al. 1 fait suffire le simple montage de la tente, et l'exception pour terrain privé de l'al. 3 n'atteint pas une rive publique.
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Le GrammontRapport
Vouvry et trois communes voisines, art. 56 al. 2, jusqu'à CHF 5'000. L'art. 4 al. 2 atteint aussi le terrain privé, le consentement n'est donc pas une issue.
Un autre endroit en Valais?
Entrez-le dans le wild camping check. Le Valais est le canton où la réponse générale et la réponse locale divergent le plus, donc le rapport au spot précis vaut plus ici que presque partout ailleurs.
Le camping sauvage est-il interdit en Valais?
Puis-je camper au Riffelsee ou au Stellisee?
Combien coûte une amende à Zermatt?
Demander au propriétaire aide-t-il en Valais?
Sources
- Commune de Zermatt, Polizeireglement, homologué par le Conseil d'Etat valaisan le 26 janvier 2022, lu en entier depuis le PDF communal. L'art. 43 a TROIS alinéas: al. 1 définit le camping et précise que "das blosse Aufstellen von Zelten, Wohnwagen etc. fällt ebenfalls unter den Begriff des Campierens" (le simple montage compte déjà); al. 2: "Das Campieren auf öffentlichem Grund ist verboten." (le camping sur le domaine public est interdit); al. 3: le camping occasionnel hors des places autorisées n'est permis qu'avec le consentement du propriétaire. L'art. 49 al. 2 fixe l'amende de CHF 10 à CHF 5'000. L'art. 39 al. 4, dans l'article sur la propreté du domaine public, met les frais de nettoyage à charge du contrevenant. Texte allemand. gemeinde.zermatt.ch. ↩
- Recueil cantonal valaisan, lu en entier via l'API lex.vs.ch le 3 août 2026: la loi sur la police cantonale (RS/VS 550.1), la loi sur les constructions (705.1), la loi sur les forêts (921.1) et la loi sur la protection de la nature, du paysage et des sites (451.1) ne contiennent aucune disposition camping, campement, bivouac ou tente. La loi sur le tourisme (935.1) mentionne le camping trois fois, toutes dans les articles sur la taxe de séjour. Le règlement de police de Zermatt liste les actes cantonaux sur lesquels il repose et ne nomme aucune loi cantonale sur le camping. lex.vs.ch. ↩
- Les quatre communes au-dessus du Léman qui partagent une police sont Vionnaz, Vouvry, Port-Valais et Saint-Gingolph, confirmé via la Police Intercommunale du Haut-Lac. Leur règlement commun n'est publié sur aucune page communale ou PIHL que nous ayons pu atteindre; le numéro d'article et le plafond exact sont donc rapportés de la recherche de spot et non lus ici. achl.ch. ↩
- Ordonnance concernant les districts francs fédéraux (ODF, RS 922.31), art. 5 al. 1 let. e, en entier: "Das freie Zelten und Campieren ist verboten. Vorbehalten bleibt die Benutzung offizieller Zeltplätze. Die Kantone können Ausnahmen bewilligen." Le camping libre y est interdit, l'utilisation des emplacements officiels réservée, les cantons pouvant accorder des exceptions. fedlex.admin.ch. ↩
- Ordonnance sur les amendes d'ordre (OAO), annexe 2, ch. 12005: camper librement dans un district franc fédéral (art. 18 al. 1 let. e et al. 3 LChP, art. 5 al. 1 let. e ODF), CHF 150. Le ch. 12003 couvre les zones de tranquillité pour le même montant. fedlex.admin.ch. ↩
- Ordonnance sur la protection de la nature du 20.09.2000 (RS/VS 451.100), annexe 4 (ad art. 37a al. 1 et 40 al. 2), liste des amendes d'ordre, no 6: "Bivouaquer et camper dans un site avec interdiction: Fr. 50". La version allemande du même numéro ne nomme que la tente et le camping: "Das Zelten und Campieren in einem Gebiet, in dem dies verboten ist". Le numéro présuppose une interdiction propre au site issue d'une décision de protection. lex.vs.ch. ↩
- Décision concernant la protection de la forêt et du site de Derborence du 30.03.1961 (RS/VS 451.114), art. 2: "... de bivouaquer, de faire du feu, d'abandonner tout déchet ...". Ne nomme que le bivouac, aucun verbe de tente ou de camping. lex.vs.ch. ↩
- Règlement d'exécution de la loi sur la chasse du 16.06.2021 (RS/VS 922.100), art. 31 ch. 9: "La mise en place et l'utilisation provisoires d'une tente de bivouac dans le terrain ouvert à la chasse sont autorisées. Demeurent réservées les autres dispositions légales en la matière (forêts, aménagement du territoire, règlements communaux, etc.)." lex.vs.ch. ↩
- Commune de Val de Bagnes, Règlement de police du 9 avril 2024, art. 55 al. 2: "Le camping, le caravaning et ce qui leur est assimilable sont interdits en dehors des emplacements autorisés expressément désignés comme tels par l'Autorité." Sanction: art. 77, amende de 10 à 10'000 francs. La commune d'Evolène utilise le même texte modèle à l'art. 54 de son règlement de police de 2018 (sanction art. 78). valdebagnes.ch. ↩